Loi Climat et Résilience : comment l’isolation de votre logement peut vous éviter l’interdiction de louer les passoires énergétiques
Loi Climat et Résilience : comment l’isolation de votre logement peut vous éviter l’interdiction de louer les passoires énergétiques

La Loi Climat et Résilience bouleverse progressivement le marché locatif en France, avec un objectif clair : éradiquer les « passoires énergétiques », ces logements très mal isolés qui consomment beaucoup d’énergie et offrent un confort thermique médiocre. Pour les propriétaires bailleurs, l’isolation thermique devient un enjeu central, non seulement pour réduire les factures d’énergie, mais aussi pour éviter l’interdiction de louer à moyen terme.

Ce que prévoit la Loi Climat et Résilience pour les passoires énergétiques

La Loi n°2021-1104 du 22 août 2021, dite Loi Climat et Résilience, transpose une partie des engagements de la France en matière de transition énergétique et de lutte contre le changement climatique. Elle s’inscrit dans la continuité de la Loi Énergie-Climat (Loi n°2019-1147 du 8 novembre 2019) et renforce les exigences sur la performance énergétique des logements.

Les principaux textes de référence sont :

  • Loi n°2021-1104 du 22 août 2021, notamment ses articles 155 à 160 sur la performance énergétique des logements.
  • Code de la construction et de l’habitation (CCH), articles L.173-1-1 et suivants, et L.126-26 à L.126-31 concernant les diagnostics de performance énergétique (DPE) et le gel des loyers.
  • Décrets d’application relatifs à la définition de la décence énergétique et au calendrier des interdictions de location.
  • Le dispositif repose principalement sur la classe énergétique du logement, déterminée par le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique). Sont considérés comme « passoires énergétiques » les logements classés F ou G, selon l’article L.173-1-1 du CCH.

    Calendrier des interdictions de location : ce qui change pour les propriétaires

    La Loi Climat et Résilience met en place un calendrier progressif pour limiter, puis interdire, la location des logements les plus énergivores.

    Les grandes étapes sont les suivantes :

  • Depuis le 25 août 2022 : interdiction d’augmenter les loyers pour les logements classés F ou G lors d’un renouvellement de bail ou d’une nouvelle location (article 159 de la Loi Climat et Résilience, transposé à l’article L.126-31 du CCH).
  • À partir du 1er janvier 2023 : première étape d’interdiction de mise en location pour les logements dont la consommation énergétique finale dépasse 450 kWh/m²/an (étiquette G dite « G+ »), selon le décret n°2021-19 du 11 janvier 2021 et ses modifications.
  • À partir du 1er janvier 2025 : interdiction de louer tous les logements classés G au DPE, considérés comme non décents au sens de l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 et de l’article 160 de la Loi Climat et Résilience.
  • À partir du 1er janvier 2028 : interdiction de louer les logements classés F.
  • À partir du 1er janvier 2034 : interdiction de louer les logements classés E.
  • Lire  Pourquoi enlever la vieille laine de verre de vos combles ?

    Autrement dit, sans travaux d’amélioration énergétique, un logement très mal isolé risque de ne plus pouvoir être loué à court ou moyen terme. L’isolation devient donc un levier stratégique pour maintenir la valeur locative de son patrimoine immobilier.

    DPE, étiquette énergie et isolation : comprendre le lien

    Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est l’outil central pour évaluer la performance d’un logement. Depuis sa réforme (décret n°2020-1609 du 17 décembre 2020 et arrêtés associés), le DPE est devenu opposable et repose sur une méthode de calcul conventionnelle, et non plus sur les seules factures.

    Le DPE attribue une double étiquette :

  • Une étiquette énergie, de A à G, basée sur la consommation d’énergie primaire (kWh/m²/an).
  • Une étiquette climat, de A à G, basée sur les émissions de gaz à effet de serre (kg CO₂/m²/an).
  • La qualité de l’isolation thermique (murs, toiture, planchers bas, fenêtres) a un impact majeur sur l’étiquette énergie. Un logement mal isolé nécessite davantage de chauffage (gaz, fioul, électricité), ce qui augmente la consommation et dégrade la classe énergétique.

    Dans de nombreux cas, l’amélioration de l’isolation est le moyen le plus efficace pour « faire remonter » l’étiquette DPE et sortir de la catégorie F ou G.

    Pourquoi l’isolation est la clé pour éviter l’interdiction de louer

    L’isolation thermique constitue la base de toute rénovation énergétique performante. Avant même de changer de système de chauffage ou d’installer des équipements plus efficaces, il est logique de limiter les déperditions de chaleur.

    Les principales zones de déperdition sont généralement :

  • La toiture et les combles (jusqu’à 25 à 30 % des pertes thermiques).
  • Les murs donnant sur l’extérieur.
  • Le plancher bas (plancher sur cave ou vide sanitaire).
  • Les fenêtres et les portes (déperditions et infiltrations d’air).
  • Une isolation performante permet de :

  • Réduire significativement la consommation de chauffage, donc d’améliorer l’étiquette DPE.
  • Augmenter le confort thermique (moins de courants d’air, murs moins froids).
  • Diminuer les risques de condensation et de moisissures.
  • Valoriser le logement en cas de revente ou de relocation.
  • Lire  Les erreurs à éviter lors de la pose de dalle PVC murale

    Pour un propriétaire bailleur, investir dans l’isolation est souvent la solution la plus pertinente pour éviter que son logement ne soit reclassé comme non décent et frappé d’une interdiction de location.

    Quels travaux d’isolation pour sortir de la catégorie F ou G ?

    Chaque logement est différent, mais certaines interventions reviennent fréquemment dans les projets de rénovation thermique visant à améliorer rapidement le DPE.

    Les travaux prioritaires sont généralement :

  • Isolation des combles (perdus ou aménagés) : souvent le meilleur ratio coût / gain énergétique. Isolation par laine minérale, laine de bois, ouate de cellulose, etc.
  • Isolation des murs :
    • Par l’extérieur (ITE) : améliore très fortement la performance énergétique et le confort, mais plus coûteux.
    • Par l’intérieur (ITI) : solution plus courante en rénovation, avec laine minérale, isolants biosourcés ou systèmes sous ossature métallique.
  • Isolation du plancher bas : par le dessous (cave, vide sanitaire) ou par le dessus lors de rénovations lourdes.
  • Remplacement des menuiseries : pose de fenêtres double ou triple vitrage performantes, avec une attention particulière à l’étanchéité à l’air.
  • Dans le cadre d’une approche globale, ces travaux d’isolation sont idéalement complétés par :

  • Une amélioration de la ventilation (VMC simple flux hygroréglable ou double flux dans certains cas).
  • Le changement du système de chauffage vers des solutions plus efficaces (pompes à chaleur, chaudières à condensation, systèmes hybrides, etc.).
  • Un audit énergétique ou un DPE projeté réalisé par un professionnel qualifié permet de simuler l’impact des différents travaux sur la classe énergétique, et donc de définir un plan d’actions pour sortir de la catégorie F ou G.

    Obligations légales et notion de logement décent

    La notion de « logement décent » intègre désormais un critère de performance énergétique minimale. L’article 160 de la Loi Climat et Résilience a modifié l’article 6 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, ainsi que le Code de la construction et de l’habitation.

    Un logement est considéré comme indécent s’il ne respecte pas un niveau minimal de performance énergétique fixé par décret. Ce niveau est progressivement relevé, en lien avec le calendrier d’interdiction des locations des classes G, F puis E.

    Concrètement, pour un propriétaire bailleur :

  • Un logement classé G (puis F, puis E à terme) risque d’être considéré comme non décent, ce qui peut entraîner l’impossibilité de renouveler le bail, l’obligation de réaliser des travaux, voire des contentieux avec le locataire.
  • Le locataire peut saisir le juge pour exiger des travaux ou une réduction de loyer si le logement ne respecte pas les critères de décence fixés par le CCH et ses décrets d’application.
  • Lire  Comment bien isoler les murs de votre garage pour un confort thermique optimal

    Anticiper ces obligations en améliorant l’isolation et la performance énergétique permet de sécuriser juridiquement la mise en location de son bien.

    Aides financières et accompagnement pour financer l’isolation

    Pour aider les propriétaires à réaliser des travaux d’isolation et de rénovation énergétique, plusieurs dispositifs d’aides financières sont disponibles, sous conditions :

  • MaPrimeRénov’ : aide de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), ouverte aux propriétaires occupants et, sous certaines conditions, aux propriétaires bailleurs, pour financer des travaux d’isolation, de chauffage, de ventilation, etc.
  • Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) : primes versées par les fournisseurs d’énergie pour des travaux d’isolation (combles, murs, planchers), de changement de chaudière, etc.
  • Éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) : prêt sans intérêts pour financer un bouquet de travaux de rénovation énergétique.
  • TVA réduite : taux de TVA à 5,5 % pour les travaux d’amélioration de la performance énergétique réalisés par une entreprise.
  • Pour bénéficier de la plupart de ces aides, les travaux doivent être réalisés par des professionnels RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). Il est recommandé de comparer plusieurs devis d’entreprises d’isolation et de rénovation thermique, et de se faire accompagner par un conseiller France Rénov’ (service public de la rénovation de l’habitat) pour optimiser le montage financier.

    Anticiper pour préserver la valeur de son patrimoine

    À mesure que les échéances de la Loi Climat et Résilience se rapprochent, les logements mal isolés et classés F ou G risquent de perdre en attractivité, autant sur le marché locatif que sur le marché de la vente. À l’inverse, un logement bien isolé, avec une bonne étiquette DPE, se loue plus facilement, à un meilleur prix, et offre davantage de sécurité aux propriétaires comme aux locataires.

    Investir dans l’isolation et la rénovation énergétique n’est plus seulement un geste en faveur de l’environnement : c’est devenu une condition pour continuer à louer son bien en toute conformité avec la réglementation, en s’adaptant aux exigences de la Loi Climat et Résilience et aux futures normes de décence énergétique.

    By Tobias